Dans le grenier de Claire

Gustave au Théâtre de l'Atelier avec Jacques Weber: un magnifique moment

21 Juin 2015, 17:43pm

Publié par Claire

En ce moment, et ce tout l'été, si vous êtes de passage par Paris, je vous recommande très chaudement d'aller voir Gustave au Théâtre de l'Atelier avec l'immense Jacques Weber: un véritable bonheur, une fête des mots qui claquent et qui sonnent, venant vous bouleverser, vous faire réfléchir mais aussi, parfois, rire.

Gustave au Théâtre de l'Atelier avec Jacques Weber: un magnifique moment
Crédit photo: Kim Weber.

Crédit photo: Kim Weber.

Cette pièce, écrite par Arnaud Bédouet, est une libre adaptation de la correspondance de Flaubert. Elle débute avec une lettre de rupture de Louise Colet, sa maîtresse, que Flaubert lit à voix haute une nuit d'orage, une nuit d'une colère qui n'en finit plus de gronder, dehors comme sur scène.

Jacques Weber incarne littéralement Gustave Flaubert, homme agité, toujours prêt à exploser, un ouragan à côté de son domestique, Eugène, joué par Philippe Dupont, homme fermé qui ne dit qu'un seul mot de la pièce et n'en fait que plus ressortir la verve de Gustave. C'est donc un véritable monologue auquel nous assistons. Un vrai plaisir pour les amoureux de littérature, mais aussi ceux qui sont curieux de connaître un homme tantôt enjoué, drôle, machiste, grivois, mais aussi anarchiste, en colère contre la société et contre les écrivains romantiques (Lamartine et Musset sont ainsi rudement moqués!). Ce n'est pas tout à fait le Flaubert romancier que nous trouvons là, non, c'est un Flaubert qui s'étale et que l'on voit là, sous nos yeux, tant Jacques Weber le joue à la perfection.


Ce spectacle est une vraie performance. Il n'y a pas de véritable décor, c'est la scène du Théâtre de l'Atelier en brut, accessoirisée, dans un décor qui m'a fortement fait penser à La Bohème. Peu importe le décor, c'est sur les mots, sur des phrases qui sont parfois des maximes que l'on se focalise. Jacques Weber semble très à l'aise dans ce rôle et prend un plaisir certain à déclamer cette correspondance, et nous aussi, dans le public, nous nous délections de ces jolis mots. Et en sortant, très rapidement, j'ai commandé une édition de lettres choisies. Sortir d'un spectacle en ayant envie de lire, c'est que c'est une réussite, non?


Mais ma joie ne s'arrêtait pas là: vendredi soir, en compagnie d'autres blogueurs, j'ai eu la chance de rencontrer Jacques Weber qui nous a reçus dans la salle même où se joue la pièce... et il était donc assis dans le décor! J'étais très impressionnée face à cet immense comédien.

Gustave au Théâtre de l'Atelier avec Jacques Weber: un magnifique moment

Pendant une heure trente, nous avons ainsi pu questionner Jacques Weber, même si très spontanément, très à l'aise, il nous a déjà dévoilé beaucoup sur les coulisses de cette pièce et sur son métier de comédien. Nous avons découvert un très grand connaisseur de Flaubert, le citant sans cesse, mais aussi de la littérature en général.

Il nous présente ainsi la pièce comme une nuit d'enfer, où tous les malheurs se confondent. Gustave est alors un homme malheureux, qui doute, commençant le spectacle par un brutal "Est-ce que j'ai grossi?": il enrage, souffre d' "une grande insomnie douloureuse, métaphysique, critique": "il a du génie dans son exubérance".

Mais ne dites pas à Jacques Weber "Mon dieu comme c'est actuel". Il est comme Flaubert et son Dictionnaire des idées reçues, il n'aime pas les clichés.
"Tous les grands auteurs sont tellement précis sur leur époque qu'il y a des ricochets, des cailloux, qui viennent vous toucher."

Il n'en est pas moins touchant lorsqu'il nous dit: "Je l'aime ce spectacle." Il aime cette scène nue, et nous aussi, on l'aime l'y voir si à l'aise. Et il aime le théâtre, cela s'entend, il nous en parle avec verve et passion, se plaignant en ce moment d'une rupture d'équilibre dans la programmation des salles: "l'humour est remplacé par le ricanement à haute dose". "Il y avait avant quelque chose de très éclectique, un dialogue permanent." Le théâtre est un "lieu d'exigence, on n'est pas assis dans son fauteuil pour zapper". Il se plaint ainsi d'une perte de vitalité: "il faut que la surprise, la joie reviennent". Etre comédien, c'est d'abord un métier, une mise à distance, et beaucoup de personnes (les "gens de la télévision" sont clairement visés) se bercent d'illusions en se croyant comédiens. Le message est clair: spectateurs, ne cédons pas à la facilité, soyons exigeants avec nous-mêmes, allons voir des pièces pas seulement pour "ricaner"!

Il nous précise enfin l'historique de cette pièce, donnée en 2008 sous un autre titre: "Sacré nom de Dieu", déjà avec lui, dans une mise en scène de Loïc Corbery. Elle avait déjà été donnée en décembre 2014 au Théâtre de l'Atelier. C'est sa femme, Christine Weber, qui la met en scène, ce qui est très pratique pour un couple qui a "peur du bruit des fourchettes" le soir, quand on a rien à se raconter car nos journées sont trop différentes. Il nous parle aussi de ses représentations en prison, qui l'ont amené à supprimer le geste de casser une bouteille dans la pièce, qui faisait sortir de la poétique du théâtre, trop violent, trop réel peut-être. Il nous parle enfin de ses projets, de son souhait de jouer, encore, du Molière, mais pas dans ses rôles habituels. 

Et moi, mon projet, c'est d'y retourner, vite, pour écouter à nouveau ce monologue intime mais saisissant, proclamé par celui qui est décidément un grand acteur.

 

 

Gustave de Arnaud Bédouet, librement inspiré de la correspondance de Gustave Flaubert, Avec Jacques Weber et Philippe Dupont, mise en scène de Christine Weber

Du mardi au samedi à 21h

Le dimanche à 15h30

Tarif unique / placement libre: 34.10€

Places Jeunes (-26 ans): 10€

Au Théâtre de l'Atelier, Place Charles Dullin, Paris 18ème, jusqu'au 15 Août 2015.

 

Billets offerts par le Théâtre
 

 

Commenter cet article

M 23/06/2015 20:59

Super chouette ! :)
Une façon originale de (re)découvrir Flaubert, avec un grand comédien.