Dans le grenier de Claire

Hyacinthe et Rose au Théâtre de l'Atelier: un vrai moment de bonheur

10 Septembre 2015, 19:28pm

Publié par Claire

Mardi soir, j'ai eu l'immense chance d'assister à la première représentation au Théâtre de l'Atelier - que j'ai toujours beaucoup de plaisir à retrouver! - de la pièce Hyacinthe et Rose de et avec François Morel, accompagné avec talent au piano et autres instruments par Antoine Sahler, dans une mise en scène très réussie d'Edouard Laug.

Hyacinthe et Rose au Théâtre de l'Atelier: un vrai moment de bonheur

Hyacinthe et Rose, c'est d'abord un magnifique livre écrit par François Morel à partir de peintures de Martin Jarrie, autour de l'univers des fleurs (vous pouvez d'ailleurs le consulter et l'acheter à la sortie du théâtre). C'est l'histoire d'un jeune parisien qui passe ses vacances chez ses grands-parents, à la campagne. Ils sont très différents, mais ont un point commun, ils adorent les fleurs. On apprend à les connaître en profondeur, on connaît leurs habitudes, on s'attache à eux, ils nous font tantôt sourire, tantôt franchement rire, tantôt réfléchir. Mais pour présenter ces drôles de personnages, rien de tel qu'un extrait:

 

« C’est bien simple : Rose et Hyacinthe, mariés depuis quarante-cinq ans, ensemble depuis toujours, ne s’entendaient sur rien.
Hyacinthe et Rose. Rose et Hyacinthe.
Hyacinthe était coco, Rose était catho. Hyacinthe aimait boire, Rose aimait manger. Hyacinthe aimait la bicyclette, la pêche à la ligne, le vin rouge, la belote et les chants révolutionnaires. Rose préférait les mots-croisés, le tricot, l’eau de Mélisse, les dominos et les cantiques.
Hyacinthe aimait traîner… À table, au lit, au bistrot, avec les copains, sur un banc, dans un champ, sur les talus, à observer les nuages...
« Tu n’es qu’un Père Traînard » lui disait Rose qui était toujours la première debout, la première couchée, la première assise à table, la première levée de table, le repas à peine terminé déjà devant l’évier à nettoyer sa vaisselle.
« Madame Gonzales » l’avait surnommé Hyacinthe. En souvenir de Speedy. Ils avaient dû s’aimer mais c’était il y a longtemps. Il est même probable qu’ils aient pu faire l’amour. L’existence d’une descendance de douze enfants, de neuf petits-enfants le laisserait fortement supposer.
Moi, j’étais un de ces neuf. Chaque année, le petit parisien que j’étais venait à la campagne dans le but de se refaire une santé. Mon enfance est remplie de vaches, de bouses, de rivières, de chênes séculaires, de toiles cirées, de cidres bouchés, de poules dans les cours, de pots de confitures sur les armoires. Et d’hortensias bleus. Et de camélias blancs. Et de rouges coquelicots. Et de tulipes multicolores.
Parce que le seul sujet qui réunissait notre mémère abondante et notre rouge papy, c’était l’amour des fleurs.
Tous les souvenirs, toutes les sensations, toute la connaissance, toutes les émotions que je garde de mes grands-parents sont liés aux fleurs. Toutes mes pensées… »

 

Le texte est déjà délicieux, une vraie fête des mots, presque une encyclopédie du botaniste. Mais mis en théâtre, il en devient extraordinaire grâce à la verve de François Morel, drôlissime dans son rôle de curé aux sermons interminables. Il incarne les personnages à la perfection, provoque le rire, très souvent, mais c'est plus fort que cela. Ce n'est pas un ricanement, c'est une réflexion, un sourire, le plaisir des jolis mots. Le passage sur le langage des fleurs est pour cela mon préféré: mélangeant rire et poésie, il résume bien l'essence de cette pièce. Car de la poésie, il y en a beaucoup, grâce aux jolis mots de cet immense comédien mais aussi à la présence d'Antoine Sahler et de son piano et autres instruments (je ne vous en dis pas plus), presque magique, planté dans un décor de jardin. Il y a une vraie complémentarité entre le comédien et le musicien (qui incarne aussi un véritable personnage dans la pièce), et même une réelle complicité que l'on sent très présente. La musique est un vrai plus: avec quelques accords, un certain rythme, mots et musique provoquent le rire, mais aussi, parfois, l'enchantement. Ainsi, des notes très aigues, piano, évoquent les nuages au début de la pièce, ou bien accompagnent un fabuleux théâtre d'ombre. Il y a une vraie osmose entre musique et mots, provoquant un vrai bonheur de spectateur.

Crédit photo: Manuelle Toussaint / Starface

Crédit photo: Manuelle Toussaint / Starface

Crédit photo: Manuelle Toussaint / Starface

Crédit photo: Manuelle Toussaint / Starface

Vous l'aurez compris, cela a été un véritable coup de coeur, si bien que j'ai même très envie d'y retourner (et de m'offrir l'album...). Une très belle manière de débuter la nouvelle saison théâtrale!

 

Au Théâtre de l'Atelier, du 8 septembre 2015 au 11 décembre 2015

Du mardi au samedi à 19h (un horaire que je trouve très pratique, au passage, quand on a beaucoup de transport pour revenir)

Matinée le samedi à 17h (sauf le 10 octobre: 16h uniquement)

Durée du spectacle: 1h10

Places de 16.10€ à 36.10€

Tarif Jeunes: 10€

 

 

Invitation offerte par le Théâtre de l'Atelier, merci à eux

 
 

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