Dans le grenier de Claire

"La septième fonction du langage" de Laurent Binet: une lecture jubilatoire

17 Janvier 2016, 20:58pm

Publié par Claire

Aujourd'hui je vais vous parler d'un livre qui m'attend sagement sur ma table de chevet depuis plusieurs semaines. Non pas parce que je l'ai abandonné, non, bien au contraire: parce que j'ai pris un plaisir certain à le grignoter, à le déguster sans hâter ma lecture pour le savourer et surtout en saisir tout son sens.

Ce livre si singulier, c'est La septième fonction du langage de Laurent Binet, nouveauté de la rentrée littéraire 2015. J'ai eu la grande chance de le recevoir de la part de Price Minister à l'occasion de leur Match de la Rentrée Littéraire: nous devions choisir un livre pour le chroniquer ensuite. Et j'ai justement choisi ce livre parce que le titre ne m'évoquait rien. Enfin, si, mais il me semblait si sérieux, si... étrange. Eh bien, le moins que l'on puisse dire, c'est que je ne regrette pas ce choix de l'originalité, et que ce livre est une très belle rencontre pour moi. Je parle de rencontre, parce qu'il a été comme un ami qui m'a accompagnée de nombreuses heures et m'a fait découvrir beaucoup de notions sur le langage justement.

"La septième fonction du langage" de Laurent Binet: une lecture jubilatoire

Mais pour que vous compreniez tout cela, il est temps de vous raconter (un peu) l'intrigue, mais pas trop non plus pour vous en laisser la surprise. Laurent Binet a voulu confronter la réalité à la fiction, en quelque sorte tester le pouvoir du langage, cela tombe bien, en partant d'un postulat... faux. Celui que Roland Barthes aurait été assassiné. En effet, il est réellement mort un mois après avoir été renversé par une camionnette, le 25 février 1980. Mais si cela était un assassinat? Et voilà qu'une enquête policière bien particulière, dans le milieu des intellectuels des années 70, commence, en compagnie d'un couple d'enquêteurs très atypique: d'un côté Jacques Bayard, policier de droite, de l'autre, Simon Herzog, sémiologue, universitaire de gauche. Ce dernier sert en quelque sorte de "traducteur" à un Bayard perdu dans cette enquête dans le milieu des universitaires, mais aussi à nous, lecteurs. Et voilà comment on rencontre dans le livre Sollers, Kristeva, Giscard, Mitterand, Deleuze, Lacan, Foucault, BHL... et surtout Umberto Eco, qui devient un personnage central, comme un vieux sage rassurant, mais aussi un phare pour nous, lecteurs.

"La septième fonction du langage" de Laurent Binet: une lecture jubilatoire

La septième fonction du langage, c'est une fonction magique, qui vient s'ajouter aux six fonctions du langage décrites par Saussure, comme l'explique Umberto Eco, attendant son train, dans le roman: " Celui qui aurait la connaissance et la maîtrise d'une telle fonction serait virtuellement le maître du monde. Sa puissance n'aurait aucune limite. Il pourrait se faire élire à toutes les élections, soulever les foules, provoquer des révolutions, vendre toutes sortes de produits imaginables, bâtir des empires, obtenir tout ce qu'il veut en n'importe quelle circonstance..." Et cette fonction mystérieuse expliquerait tout une série de meurtres et aurait un rapport avec un club bien mystérieux, le Logos Club, dont les membres se livrent à des joutes oratoires qui peuvent leur faire perdre une phalange. Et... non, je m'arrête là, de peur de trop en dire.

"La septième fonction du langage" de Laurent Binet: une lecture jubilatoire

On sent en tout cas une réelle jubilation à écrire ce roman de la part de Laurent Binet. Un exercice de haute voltige, c'est certain. Comment parler de sémiologie en passionnant absolument le lecteur? Mais par l'humour, pardi! Car oui, l'ironie transperce les pages, c'est un réel plaisir de revisiter ainsi l'histoire. Cependant, au-delà de cette dimension humoristique, j'ai aimé finalement la dimension didactique du livre, ce qui explique ma lecture volontairement lente. Car j'ai parfois relu plusieurs fois certains passages pour être sûre de les comprendre et de les mémoriser. En effet, je suis persuadée que ce livre a deux lectures: une rapide, traditionnelle, favorisant le côté polar et humour, et la seconde, que j'ai choisie, quasiment philosophique, une réelle interrogation sur la fonction du langage, avec des passages apprenant réellement au lecteur des éléments de linguistique et de sémiologie. 

 
Vous l'aurez compris, ce roman a été un véritable coup de cœur pour moi. Il a vraiment sa singularité et j'en ai parlé à beaucoup de personnes de mon entourage car il m'a réellement accompagnée durant des semaines.C'est un pari un peu "fou" d'écrire un polar sur le milieu des sémiologues, mais il est vraiment réussi, créant un roman absolument brillant et... jubilatoire. Voici comment le langage a bien eu une fonction magique sur nous, lecteurs, et a réussi à nous convaincre d'une histoire absolument fausse, mêlant fiction et réel. Et voici comment j'ai eu la brûlante envie de relire Le Nom de la Rose du grand Umberto Eco...
 
 
 
La septième fonction du langage, Grasset, 22€, 496 pages. Paru le 19/08/2015.

Cet article participe au Match de la Rentrée Littéraire organisé par PriceMinister. Merci infiniment à eux pour l'envoi de ce roman. #MRL15

 

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