Dans le grenier de Claire

Le piano oriental de Zeina Abirached: un vrai plaisir de lecture

5 Avril 2016, 20:10pm

Publié par Claire

Quand PriceMinister propose aux blogueurs de chroniquer une bande-dessinée, bien sûr, cela me plaît, et je me suis aussitôt inscrite pour cette édition 2016 de "La BD fait son festival". Il faut être honnête, des BD, je n'ai pas (plus) du tout l'habitude d'en lire, mais justement, c'est pour cela que je me suis lancée: parfois, quand je me promène dans les librairies, je trouve toujours que le rayon de BD est riche de nouveautés, et particulièrement de bandes-dessinées à mi-chemin entre roman et dessin, tant le texte est travaillé et l'intrigue fouillée. C'est le cas de "Piano Oriental", que j'ai immédiatement choisi parce que le titre m'a intriguée: nous sommes ici face à un roman graphique... original et étonnant.

Le piano oriental de Zeina Abirached: un vrai plaisir de lecture

Quand j'ai reçu le livre, je dois vous dire que j'ai été très surprise. Ce n'est absolument pas un format habituel pour une bande-dessinée, non, c'est un très bel objet, un livre lourd, précieux, avec le milieu qui s'ouvre en double-page, lui donnant un côté magique. Et pour bien évoquer les touches du piano, le graphisme est uniquement en noir et blanc, ce qui n'est pas sans rappeler Persepolis. 

Le piano oriental de Zeina Abirached: un vrai plaisir de lecture

L'histoire m'a tout de suite plu. Elle est inspirée de l'arrière grand-père de Zeina Abirached, Abdallah, qui a eu l'idée d'inventer un piano oriental, c'est-à-dire pouvant jouer soit de la musique "occidentale", avec ses demi-tons, soit de la musique orientale, en activant la sourdine, avec ses quarts de ton. On voyage donc entre le Beyrouth d'Abdallah, rempli de poésie, dans les années 60, et la narratrice, entre fiction et autobiographie, parlant de sa double culture, elle qui pensait enfant qu'en France tout était noir et blanc, comme les touches d'un piano, parce qu'elle ne recevait la télévision française qu'en noir et blanc. Comme dans Persepolis, les comparaisons entre ses deux vies, ses deux pays, sont intéressantes, parfois drôles, parfois touchantes.

J'ai beaucoup aimé la poésie qui émane de ce très bel ouvrage, même si je n'ai pas envie de vous en dire plus pour vous en laisser la (belle) surprise. Le graphisme y est très travaillé et donne une dimension encore plus poétique au texte. Au début, je me suis demandé pourquoi il y avait autant d'onomatopées, cela me décontenançait, je me suis dit que c'était peut-être parce que je n'avais pas l'habitude de lire des bandes-dessinées. Et puis, en y réflechissant, j'ai trouvé: elles aussi, ont un sens, elles donnent à ce livre un statut d'oeuvre musicale et pas seulement graphique... Une invitation à lire "Le piano oriental" une seconde fois pour en comprendre toutes les subtilités!

Vous l'aurez compris, je suis ravie d'avoir découvert cet ouvrage hors du commun - merci Price Minister! Attention, le prix est plus élevé que la plupart des bandes-dessinées, 22€ mais le livre comporte tout de même 232 pages et est en soi, comme je vous le disais, un très bel objet.

 

P.S.: PriceMinister demande une note pour pouvoir élire la meilleure bande-dessinée de la sélection... Alors je mets 17/20, pour moi c'est vraiment proche de la perfection, sauf peut-être le début où l'on a un peu de mal à comprendre les deux histoires mises en parallèle.

Le piano oriental de Zeina Abirached: un vrai plaisir de lecture

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